Ambassade des départements de droite auprès du Conseil Régional: un gaspillage d’argent public et un scandale politique

Angoulême, le 15 mars 2016,

Lors de la commission permanente de vendredi prochain, François Bonneau souhaite que nous délibérions sur un rapport intitulé « Prise à bail », ayant pour objet la location d’un bâtiment de 154 m2 à Bordeaux, à proximité du Conseil Régional, afin, selon lui, d’assurer « un suivi régulier des travaux de son assemblée ».

Cette délibération est profondément scandaleuse pour plusieurs raisons :

Tout d’abord, nous souhaitons rappeler qu’à l’occasion de son installation, il y a à peine un an, la nouvelle majorité a immédiatement engagé la somme de 7500 euros annuels pour faire adhérer le département à l’association politique ASERDEL (Association de Soutien pour l’Exercice des Responsabilités Départementales et Locales) qui regroupe les seuls départements de droite et dont l’action est redondante avec l’ADF (Assemblée des Départements de France) pourtant présidée par les amis politiques de François Bonneau. À cette occasion ce dernier a également fait le choix de prendre comme directeur de cabinet le président national d’ARCOLE (Association Représentative des Collaborateurs d’élus de la droite et du centre), plaçant d’emblée sur son mandat le sceau de la politique politicienne.

Ensuite, cette délibération est rédigée dans des termes volontairement flous. En effet, la majorité prétend que cette prise à bail commune ne concerne que les départements de l’ancienne région Poitou-Charentes – qui ont incidemment tous une majorité de droite – en précisant toutefois que « Dans les prochains mois, d’autres départements de la nouvelle Région seraient également susceptibles d’occuper ces locaux ». C’est bien vite oublier que la presse (Nouvelle République du 20 février dernier) a déjà eu l’occasion d’expliquer que cette ambassade des départements de droite auprès de la grande région trouve sa genèse dans une décision qui a été prise par François Bonneau avec ses 6 homologues et amis politiques en aparté d’une rencontre avec Alain Rousset.

De plus, nous trouvons regrettable que la majorité place une confiance aussi faible dans nos conseillers régionaux et nous pensions peut-être naïvement que le « suivi régulier des travaux » de l’assemblée régionale se devait d’être effectué par ceux qui ont été élus pour cela. Ainsi, Xavier Bonnefont ou Véronique Marendat seraient-ils probablement à même d’apporter à la droite charentaise ce suivi qu’elle appelle de ses voeux sans avoir besoin pour cela d’engager de l’argent public supplémentaire dans des locaux dont les agents n’auront de toutes façons pas accès à l’assemblée régionale ni à ses documents de travail.

Enfin, alors que le département rabote les subventions à tout va sur ses compétences obligatoires nous trouvons étonnant que le vice-président en charge de l’économie ait prétendu, en commission, que cette ambassade permettrait au département de devenir une interface économique entre les Communautés de Communes et la grande région alors que la loi NOTRe a retiré aux départements la compétence économique.

Pour conclure, cette délibération a pour vocation de créer un bureau politique dans un département voisin et si elle place l’actuelle majorité aux frontières de la légalité, celles de la morale sont largement franchies.

En effet, cette prise à bail d’une durée de 3 ans renouvelables correspond trop bien au rythme des échéances électorales pour ne pas y voir la création d’un cabinet noir ayant vocation au mieux à placer des amis politiques à Bordeaux, au pire à préparer la prochaine élection régionale.

C’est pourquoi nous demandons le retrait de cette délibération qui n’a à ce jour aucun équivalent dans la grande région, dans la mesure où François Bonneau a été le premier à engager cette action.

Nous avons toujours privilégié le consensus et le dialogue sur les querelles bassement politiques et nous continuerons dans cette voie. Nous tenons à rester vigilants pour que notre collectivité ne devienne pas un champ de bataille électoraliste et pour que l’argent public qui est une ressource rare ne soit pas dilapidé dans d’obscurs arcanes politiques.